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2011-08-12T01:28:00+02:00

Lettre à une mère

Publié par chocophile
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Pour ma deuxième participation aux vendredis intellos (#5ème édition), j’ai eu envie de partager avec vous un livre qui m’a particulièrement touché. Un livre dans lequel un homme raconte pourquoi il a voulu prendre place du côté de la vie,  son émotion devant la maternité depuis qu’il aide les femmes à devenir mères.

 

Le livre s’appelle Lettre à une mère, et l’auteur n’est autre que René Frydman, gynécoloque obstétricien. L’homme qui a permis la venue au monde d’Amandine, le premier « bébé éprouvette » français, il y a de ça bientôt 30 ans. (et également cette année, comme en parlait Titeve la semaine dernière, la venue au monde du premier bébé « double espoir » comme il aime à l’appeler plutôt que « bébé médicament »)

 

J’aurai voulu vous raconter ce livre avec mes mots, mais je crains de ne pas y arriver, je n’ai pas son talent pour raconter ces choses comme je l’aimerai.

 

Voici quelques extraits de ce qu’il écrit dans sa lettre :

 

« Amandine, première entre tous, a eu vingt ans l’année passée. J’étais là comme à chacun de ses anniversaires. Cette petite fille conçue au fond d’une éprouvette, venue au monde naturellement, élevée comme une autre ainsi que le souhaitaient ardemment ses parents, m’a demandé, ce soir-là, de tout lui raconter encore. Comme font les enfants qui vous tendent un livre dont ils connaissent chaque mot, chaque respiration. Je l’ai fait. J’aime ce premier chapitre de sa vie, j’en connais tous les secrets. Je garde en moi, intact, chaque souvenir. Je lui ai dit mon retour dans le silence et la brume du petit matin, quelques heures après sa venue. J’étais au volant de ma voiture, je roulais vers Paris, mais j’avais vraiment le sentiment d’être au-dessus du sol. Un homme léger, débarrassé de son fardeau, en accord avec tout, en fusion avec le monde. »

 

« Je me suis posté au début de la vie, c’est là que l’on a la plus belle vue. Paysage féminin tout en rondeurs et en courbes apaisantes, où je regarde le possible, l’enfant pas encore né, la femme pas tout à fait mère. Je me réchauffe à ces existences en devenir. »

 

« La médecine se devait de prendre sa place. Plutôt la réanimation que l’extrême onction ! J’ai donc emprunté le chemin des mères, avec un refus viscéral du prétendu fatal. Il y avait de quoi faire. Trop de douleur, trop de grossesses on désirées, trop d’enfants attendus et jamais venus.

 

J’ai passé des heures les yeux dans le microscope, j’ai dévoré les revues médicales venues d’outre-Atlantique comme des romans de science-fiction. Je me souviens d’un jour de 1976, je croisais l’Anglais Bob Edward dans le hall d’un hôtel parisien. Il m’a fait part d’un espoir, d’une piste. Deux ans plus tard, il annonçait la naissance de Louis Brown, première fécondation in vitro. Nous brûlions de l’imiter dans nos laboratoires. A notre tour, nous avons mis le désir au fond d’une éprouvette. Pour voir.

 

Ce désir  là n’appartient qu’aux parents. Mais c’est au plus près de lui que nous avons navigué vers l’infiniment petit, repoussant si loin les limites du visuel et du palpable que j’ai cru pouvoir le toucher du doigt. Je me souviens de ces nuits, où je réveillais en hâte l’anesthésiste, le biologiste, l’infirmière. Il était peut-être 3 heures du matin, l’ovule de la maman s’était mis en mouvement.

 

Nous nous retrouvions dans la salle des césariennes pour faire des prélèvements. Nous étions excités, silencieux, et aussi vaguement superstitieux. Chacun savait pourquoi il était là, seuls les mots techniques nous échappaient. Tout le reste, angoisses et sentiments, était sous les verrous. Nous savions tous qu’aucun scientifique, qu’aucun sorcier, n’insuffle la vie. »

 

« Je manipule le désir, je l’emmène très loin, par des voies médicales qui n’ont rien  de paradisiaques. Il y perd de sa poésie, je le sais, je le vois dans les yeux des femmes et des hommes. Mais il passe tant d’épreuves qu’il s’aguerrit. Sans lui, je ne peux rien. Je m’appuie sur lui, comme ces couples à l’étreinte stérile s’appuient sur moi. J’ai des émotions fortes à guetter la vie. »

 

« Cet enfant, vous le portez en vous depuis si longtemps, bien avant d’être enceinte. De longs mois il s’est agité dans votre tête »

 

« Et j’entends l’angoisse de ceux qui ont mis des années à voir éclore l’espoir d’une descendance. Pour eux, l’échographie n’est pas une promesse, tout juste le permis d’y croire. Ils craignent la fausse couche, qui réduit à néant des années de combat, guettent aussi les surprises : un ou plusieurs enfants à la fois, ce n’est pas la même chose »

 

« Les enfants de la médecine naissent comme les autres de la volonté, de l’amour d’un homme et d’une femme. Je ne fais, moi, qu’aider le désir à se nicher »

 

Les extraits que j’ai choisis sont très emprunts du thème que j’ai évoqué la semaine dernière, tout droit venus de la plume d’un homme résolument dans l’autre camp cette fois-ci. Un homme qui a voulu être aux premières loges de la maternité, au plus près de la vie,  et s’est démené pour pouvoir trouver les moyens d’aider les femmes, les couples qui en avaient besoin. Un homme qui reste, encore après toutes ces années, proche de la première à qui il a permis de venir au monde contre toute attente, au-delà des controverses et entraves de l’époque.

 

Mais René Frydman s’adresse avec sensibilité, pudeur et délicatesse à toutes les mères, toutes celles qu’il a rencontrées et avec qui il a partagé ce voyage mystérieux, fabuleux et incroyable de la maternité, il pose sur elles et ce voyage un regard fort et tendre qui m’a ému et m’émeut encore lorsque je le relis.

 

Voilà un hymne aux mères que je conseille à toutes les mamans...

bébé lit final

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commentaires

ladyandbaby 12/08/2011 16:45


J'adore cet homme , et j'adore ton article. J'ai vu de nombreux reportages où il intervenait.


chocophile 12/08/2011 20:29



merci beaucoup :)



Mme Déjantée 12/08/2011 16:39


Merci de ta contribution!!!
Un bien joli bouquin à ce que tu dis d'un médecin qui a choisi le camp de femmes...que je n'aurais probablement pas découvert sans toi (j'ai une mauvaise manie: je me méfie des gynécos!!)
Une contribution qui alimente en tout cas nos discussions de la semaine dernière sur la place de la médecine et le respect des femmes...
A lundi pour le débriefing!!!


chocophile 12/08/2011 20:31



Il y a souvent de quoi se méfier avec les gynécos mais lui est bien différent :)



geekmama 12/08/2011 15:52


ces ecrits sont vraiment touchants...


chocophile 12/08/2011 20:32



je trouve aussi!



Marie 12/08/2011 08:55


Magnifique article!!

En écrivant mon article, je me posais justement en moi même la question de jusqu'où certaines personnes seraient prêtes à aller pour satisfaire leur désir (désir parfois absurde)
Toi tu présentes ici la science dans tout ce qu'elle a de magique, l'espoir de tous ces parents en devenir, c'est très émouvant.


chocophile 12/08/2011 15:07



Merci beaucoup :)



Arwen 12/08/2011 07:19


bravo, très bel article!!!!! j'aime beaucoup les mots qu'il utilise pour parler de tout cela.....


chocophile 12/08/2011 15:08



Merci :)



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