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2011-11-25T22:25:00+01:00

Naître, grandir, se construire, devenir, transmettre... - Vendredis intellos

Publié par chocophile

Je reviens vous parler de la bientraitance... Comme je n'avais pas avancé le livre dont je vous ai parlé la semaine dernière, j'ai choisi de lire les début de chapitre, ce par quoi elle commence dans chacune des parties de son bouquin avant de se pencher sur des exemples du quotidien, de la vie.

  

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de vous livrer tels quels et en longueur quelques uns de ces textes, mais je les ai trouvés riches et y ai moi même en les lisant rattachées beaucoup de situtation de ma propre expérience, y ai retrouvées certaines de mes réflexions, de mes questionnements, et me suis mise à y réfléchir de nouveau, alors j'ai eu envie de vous les faire lire..

Participer à la construction du monde en donnant, à son tour, de quoi naître, grandir, se construire au mieux encore…, voilà l’enjeu. En donnant à qui ? A tout ce qui vit et qu’un mystérieux mais incontournable hasard pose à la portée des gens et du cœur de l’individu. En donnant pourquoi ? Pour que cet autre ait lui aussi plaisir à donner, et ainsi de suite.

  

Parmi tout ce qui a été tenté pour favoriser l’enracinement, puis l’envol – donc la faculté de se préserver assez longtemps pour progresser et se reproduire, mais en mieux adapté au futur- de tout organisme vivant sur la Terre, la synergique alliance de l’intelligence, de la bienveillance, et du bon sens a fait les preuves de sa parfaite adéquation. Rien n’a pu s’y substituer durablement jusqu’à ce jour, ni l’intelligence, ni la bienveillance ni le bon sens séparément. En effet, l’intelligence sans bienveillance prend facilement des allures de malfaisance ; la bienveillance sans intelligence génère des maladresses pouvant parfois entraîner des catastrophes ; quand au bon sens seul, il n’existe pas. Sinon, quoi d’autre… L’humour ? Bien sûr, mais ce dernier ne s’ajoute pas ; il fait partie implicitement de ce qui domine toutes les actions positives à long terme et que l’on rassemble sous le terme « bientraitance ». Qu’il s’agisse de générer, de faire grandir, de construire et de faire s’épanouir un rosier, une œuvre d’art, une philosophie, une nouvelle thérapie, un Etat sur la surface du globe ou un enfant au foyer, il faut de l’humour pour accepter les aléas, les impondérables, bref, tout ce qui peut décourager, depuis l’attaque des pucerons sur le rosier jusqu’à la guerre déclarée de l’Etat voisin. Et l’humour, ça marche !

  

Une fois identifiées les composantes nécessaires qui y préludent, l’idée de la bientraitance comme méthode du « faire au mieux en fonction de ce dont on dispose » est globalement admise, à travers les siècles et les contrées, par les diverses religions et philosophies, donc, par extension, admise par tous. Admise, mais pas forcément adoptée et encore moins pratiquée.

 

Le « faire au mieux » commence dès l’enfance par « Mais si, tu peux le faire! » (marcher, puis tenir sur le vélo, puis nager, etc.). Cette assertion est rapidement renforcée par le « Peut mieux faire » inscrit en rouge sur le bulletin scolaire.

Plus tard, au début de chaque année, c’est le rituel des bonnes résolutions dont chacun de nous fait une liste plus ou moins longue et que, pour la plupart, nous ne tenons que quelques jours, au mieux quelques semaines. Au premier plan de ces bonnes résolutions vient le désir de « faire de l’ordre » dans les placards et dans l’existence mais, pour certains, cela est très difficile et, par conséquent, encore plus difficile à obtenir des autres…

 

Rendre immédiatement gratifiante l’attitude bientraitante auprès des chargés d’éducation (parents, grands-parents, nourrice, instituteurs, professeurs, moniteurs de sport, prof de musique, etc.) par des exemples qui surgissent quotidiennement : si ce livre ne servait qu’à ça, ce serait déjà très bien ! L’effet immédiat de la bientraitance devrait nous inciter à en multiplier les expériences.

 

 

Dès la petite enfance, chacun de nous recèle une naturelle propension à vouloir de quoi se satisfaire tout de suite, donc une très naturelle répulsion à l’égard du verbe « attendre ». Il suffit d’entendre les hurlements de détresse d’un bébé qui a soif pour s’en convaincre. Quand on grandit, cette propension survit au dressage éducatif et social. Honteusement ressentie ou ouvertement affichée, elle perdure. Nous voulons encore plus de pouvoir, plus de territoire, plus de biens, plus de beauté, plus de gloire, plus de tout et, si possible, beaucoup moins de cette curieuse engeance que sont « les autres »…

 

Le « tout, tout de suite et pour moi d’abord » ne laissant guère de place à la réflexion ou à la négociation, les moyens les plus primitifs sont les plus efficaces : il s’agit de dominer par la peur, par la force et par la violence celui qui détient ce que l’on désire. Souvent, ça semble fonctionner puisque la satisfaction est immédiate ; l’autre est d’abord apeuré et intimidé. Pas très longtemps cependant. Les suites de cette stratégie primaire s’avèrent désastreuses. L’autre peut rapidement apprendre à renvoyer à l’expéditeur la même force ; au pire, il la retourne contre lui-même. Il n’y a pas, alors, de victoire, seulement une stupide et stérile entreprise de destruction.

Dans un premier temps, pour que l’individu réprime ses naturelles pulsions bagarreuses, il doit être aussitôt sanctionné. Cette répétition de conséquences systématiquement désagréables qui, à la longue, le détourne de son mauvais chemin, est l’un des objectifs de l’éducation parentale, scolaire et sociale.

 

Dans un deuxième temps, pour qu’il ne se contente pas de « ne pas mal faire », il faut que sa passivité soit vécue non plus comme confortable mais comme insatisfaisante et frustrante.

 

Enfin, dans un troisième temps, pour qu’il se comporte bien délibérément, son cerveau a besoin de récompenses immédiates : bonnes notes, félicitations, augmentation de ses plus-values sociale, matérielle et affective.

 

Chacun s’estime intelligent, généreux, compréhensif. A l’évidence, tous ne le sont pas à temps plein ; Cependant, chacun souhaitant être considéré comme tel, il ne devrait pas être trop compliqué d’admettre que tous le souhaitent, à condition de prendre en compte leur besoin d’unicité : « Je veux la même chose que les autres… mais en mieux!"

 

 

Depuis Platon, philosophes, humanistes, confesseurs, psychanalystes, médecins, esthéticiennes, coiffeurs et amis font du mieux qu’ils peuvent – scientifiquement ou empiriquement- pour circonscrire les maux de l’esprit, les nommer, les réduire, les déplacer, les atténuer. La bientraitance apparaît elle aussi comme une succession d’ouverture de la conscience : d’abord sur l’autre qui, obéissant aux mêmes pulsions que nous, peut être considéré comme semblable, donc être accepté, surtout si cet autre nous apporte ce que nous ne savons pas obtenir seul. Ensuite, c’est l’ouverture sur tous les autres, vers le très long terme, plus loin que soi ; c’est une sorte d’investissement posthume au bénéfice de sa propre descendance et de celles des autres puisque chacun sait avoir besoin d’un quota minimum de ces autres pour survivre. Pas d’œuf sans poule, pas de poule sans œuf, ni poule ni œuf sans éleveur, ni poule ni œuf sans éleveur sans cultivateur, etc. Ce que la bientraitance propose de nouveau, c’est de considérer d’abord ce qui, en l’individu, est reconnaissable positivement, donc glorifiable, comme étant constructif, positif, malléable et donc améliorable pour son propre profit ; par voie de conséquence, pour le profit de la communauté et, par extension, pour le maintien de la vie en générale. En fait, plus que la gentillesse, la bientraitance est l’essence de la bonté vraie, c’est-à-dire qu’elle doit être suffisamment discrète pour ne pas susciter chez son bénéficiaire le sentiment d’être en dette. Elle vise à reconnaître les compétences de celui-là même qui en semble le plus dépourvu. C’est du bon sens. C’est aussi de l’humour, cette merveilleuse particularité humaine capable d’enseigner à l’autre ce qu’il est sans le blesser, donc d’induire en chacun l’envie de se bien comporter.

N’étant pas une science ardue strictement codifiée, la bientraitance ne nécessite ni un long apprentissage ni la fréquentation d’une grande école. Elle est inscrite dans nos gènes parce qu’elle fut, au sein des tout premiers groupes de futurs humains, une garantie de survie de ce groupe, donc de chacun. Notre cerveau reptilien s’en souvient et, naturellement, nos premières réactions face à une souffrance, qu’elle quelle soit, sont l’empathie et la compassion, qui sont sans doute les balbutiements de la bientraitance.

 

Qu’un enfant s’approche trop près du bord d’un quai et, immédiatement, les adultes témoins de la scène se précipitent pour le faire reculer et le confier à ses parents. Ces mêmes adultes, au quotidien, peuvent être allergiques aux enfants ou des parents maltraitants, mais l’urgence d’une situation sollicite d’abord en eux une réaction primitive de sauvegarde.

 

Ce que la bientraitance implique est à la portée de tous : en premier lieu, une écoute « La vie n’est-elle rien d’autre qu’une longue quête d’une oreille où se répandre ? » a écrit Milan Kundera. Une écoute bienveillante et parfaitement généreuse, c’est-à-dire sans intervention intempestive. Même s’il est particulièrement empathique et intelligent, qu’il devine ou sait de quoi l’autre à besoin, un bon écouteur doit parfois retenir sa parole réconfortante et son geste affectueux car cette aide immédiate, prématurée, pourrait être vécue par celui qui se confie comme une amputation de la confidence en cours. Il faut apprendre à bien attendre que l’autre termine son discours et qu’enfin il l’entende lui-même dans le silence respectueux de l’écouteur. En effet, les paroles viennent du parleur, mais il ne les aurait pas entendues sans cette écoute silencieuse. Il faut attendre qu’il formule – ou non- sa demande d’assistance, et donc refréner le réflexe minimisant, voire dangereusement réducteur, des paroles de réconfort. Par exemple, lorsqu’un enfant tombe et se blesse, la gentillesse pousse l’adulte à se précipiter en disant en hâte : « Ce n’est rien, maman est là. » Cette gentillesse est incohérente et inquiétante pour l’enfant qui sent sa douleur et qui comprend mal pourquoi on lui assure que cette douleur n’est rien. A force de lui asséner tous ces « ce n’est rien, ce n’est pas grave », il se convaincra que si sa souffrance n’est rien, c’est que lui-même n’est pas grand-chose. A moins, puisque « souffrir n’est rien », qu’il ne fasse souffrir sans le moindre scrupule ses camarades d’école et, plus tard, ses enfants, ses collègues, etc. Ce premier mouvement qu’on appelle la gentillesse n’est le plus souvent qu’un pansement que l’on pose en urgence sur sa propre douleur empathique.

La bientraitance, dans le cas de cet enfant, consiste à entendre sa souffrance, à la reconnaître, à la légitimer : « Oui, bonhomme, tu as mal, et c’est normal puisque tu t’es blessé. Je vais soigner ta blessure et, peu à peu, ta douleur disparaîtra. Pendant que tu auras mal, tu penseras à ce qui a provoqué cette douleur : es-tu grimpé dans l’arbre ?

Tu viens donc d’apprendre que les branches, quand elles sont sèches ou trop fines, cassent sous ton poids. A l’avenir, tu auras le choix : monter dans un arbre robuste, bien vivant, en t’aidant de grosses branches, ou ne plus grimper dans aucun arbre pour t’assurer de ne plus souffrir de cette façon-là. »

 

Ensuite, la bientraitance suppose une action/réaction proportionnée à l’évènement, à la demande explicite ou implicite, que cette demande vienne d’un être vivant ou de la vie elle-même. Toujours avec l’exemple de cet enfant tombé de l’arbre, si la jambe est cassée, il faut évidemment l’emmener à l’hôpital sans lui cacher votre inquiétude. Sans afficher non plus une angoisse démesurée sous le prétexte spécieux de l’assurer ainsi de l’importance de votre amour…

 

En découvrant qu’aimer c’est souffrir ou, au moins, montrer de la souffrance, il est possible que, devenu adulte, il ait parfois de susciter la souffrance en lui et en ceux dont il attendra l’amour.

 

Les organismes vivants étant capables d’autarcie en cas de disette, la surnutrition, qu’elle soit alimentaire ou affective, inhibe ces facultés et tend à priver l’organisme d’autres fonctions qui en dépendaient.

 

La bientraitance, c’est également l’évaluation, la confiance en la force vitale de l’autre…

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commentaires

brigitte 28/11/2011 16:44

une sacrée dose d'humour ! pour vivre simplement ! à cultiver à tous les âges de la vie, et à apprendre en tous les cas aux enfants !

Mme Déjantée 27/11/2011 19:16

Merci beaucoup de cette contribution... ce concept n'a donc pas fini de nous faire réfléchir!!! A la fois d'une simplicité extrême et si rare... il semble à l'image de notre paradis perdu!! Au
fond, la bientraitance n'est-elle pas simplement synonyme de vivre ses émotions authentiquement?? Notre monde moderne, stressant et parfois bien superficiel ne nous le permet pas toujours et
pourtant quand c'est le cas... quel apaisement!!!
Je termine en me promettant de t'emmener aux prochaines Tentes rouges... tu y trouveras tout ça...enfin je crois!

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